Derrière le silence du mur

Avec ma série longue, intitulée « Derrière le silence du mur« , j’explore une galaxie des souffrances muettes que constitue l’univers de la maladie et du handicap mental.
Ce travail entend notamment décrire la libération vécue par les personnes malades ou handicapées par rapport à leur enfermement asilaire d’antan, c’est-à-dire leurs prises en charge, toutes les fois que c’est possible, à l’extérieur des établissements, au contact de la vie courante.

With my long series, entitled « Behind the silence of the wall, » I explore a galaxy of silent suffering that is the world of illness and mental disability.
This work includes, describing the liberation experienced by sick or disabled relative to their asylum confinement of yesteryear, that is to say their supported, whenever possible, outside institutions, in contact with everyday.

 

Un regard sans gêne

D’habitude, je laisse mes photographies parler d’elles-mêmes, mais à la demande instante du docteur Chabert , j’ai accepté de dire la manière dont j’ai abordé ce travail dans les établissements des Papillons blancs de la région rouennaise, et en quoi celui-ci m’avait impliqué dans mon for intérieur.

En commençant ce travail sériel sur les prises en charge des handicapés intellectuels, j’ai voulu éviter deux écueils : celui du paternalisme voyeur et celui du sensationnalisme apitoyé, celui de l’enjolivement et celui de l’insoutenable. Plutôt que la neutralité clinique, du reste impossible en ce qui me concerne, c’est donc la justesse dans une représentation positive que j’ai recherchée et que mes photographies visent à restituer avec pudeur.

Pour encaisser le choc qu’à coup sûr j’allais ressentir, j’ai donc débuté mes approches du sujet d’une manière graduée et concentrique en allant dans les premiers établissements, à plusieurs reprises, sans appareil, pour découvrir cette réalité institutionnelle et humaine que je devinais certes, mais qui m’était inconnue dans sa vision objective. J’ai donc regardé, interrogé, écouté, discuté, joué aux dominos avec les pensionnaires, apporté de gros catalogues de vente par correspondance que j’ai collectés. Je me suis laissé découvrir, toucher, reconnaître. Puis les prises de vue ont commencé par séances, assez espacées des unes des autres, pour vérifier que ma démarche avait un sens, que j’aurais la force d’aller au bout du projet.

Je ne voudrais pas tomber dans les poncifs, mais ils reflètent souvent une vérité malgré tout. Ainsi, pour ma part, je ne suis pas sorti indemne de ces rencontres avec les poly-handicapés notamment. Leur existence a brisé mon indifférence latente et leur contact m’a rendu réceptif à l’autre, parce que l’essentiel de ce qu’est la vie est ici en cause.

En somme, c’est la connaissance directe et l’échange humain – aussi ténu soit-il – avec ces adultes et ces enfants qui ont donné du sens au questionnement sur le handicap intellectuel que mes réponses de photographe espèrent retranscrire dans la vérité des visages ou des attitudes.

Si je demeure encore douloureusement interpellé par la destinée de ces personnes, de ces enfants, le reportage m’a permis de rentrer en fraternité avec eux. Quand je retourne les voir, lorsque certains me croisent dans la rue, la communication s’établit et nous échangeons, toutes les fois que c’est possible.

On sait que le droit au respect de sa propre image est une liberté fondamentale pour protéger la vie privée des personnes, mais, on peut en inverser le sens, le droit à l’image c’est aussi le droit à la représentation des personnes qu’on ne montre jamais ou trop rarement, non pas pour respecter dans ce cas leur vie privée mais pour leur dénier leur image, en quelque sorte leur droit à l’existence. Combien de fois, alors que je m’apprêtais à déclencher, l’une d’entre elles rentrait dans le champ, pour dire j’existe, je suis. J’ai donc appris qu’elles ont besoin d’un regard, d’être visibles sans gêne de la part de ceux qui les regardent. C’est une exigence pour ces personnes que cette gêne disparaisse pour être vues et pour être acceptées comme elles sont. Puisse ce livre y contribuer.

Je sais gré aux personnes photographiées et à leurs parents, à l’association et aux personnels des établissements d’avoir compris le sens de mon travail ainsi qu’au docteur Chabert de m’avoir encouragé et sans qui rien n’aurait été possible. Qu’ils acceptent mes remerciements et le témoignage de ma gratitude.

Hugo MISEREY
A look without embarrassment

I usually let my pictures speak for themselves, but at the urging of Dr. Chabert, I agreed to tell how I approached this work in establishments white Butterflies of the Rouen region and how it was involved in my heart of hearts.

Starting this serial work on supported intellectual disabilities, I wanted to avoid two pitfalls: the paternalism of the voyeur and the sensationalizing pity, that of embellishment and of the unbearable. Instead clinical neutrality, however impossible for me, so the accuracy in positive representation that I have sought and that my photographs seek to return with modesty.

To cash the shock that surely I was feeling, so I started my approaches to the subject of a graduated and concentrically by going to the first settlements on several occasions, without apparatus, to discover this institutional reality human I guessed certainly, but unknown to me in its objective vision. So I looked, questioned, listened, discussed, played dominoes with residents, brought wholesale order catalogs that I have collected. I left to discover, touch, recognize. Then the shooting began with sessions spaced enough of each other, to verify that my approach made sense, I would have the strength to go to the end of the project.

I would not fall into the cliches, but they often reflect a truth nonetheless. So, for my part, I am not emerged unscathed from these meetings with poly-handicapped particular. Their existence broke my latent indifference and their contact made me receptive to the other, because most of what life is in question here.

In short, it is the direct knowledge and human exchange – however tenuous it – with these adults and children who gave meaning to the questioning of intellectual disability that my photographer transcribe responses hope in the truth of faces or attitudes.

If I remain painfully challenged by the fate of these people, these children, the report allowed me to return to fellowship with them. When I go back to see them, when some cross me in the street, communication is established and we exchange, whenever possible.

We know that the right to respect for one’s own image is a fundamental freedom to protect the privacy of individuals, but we can change the direction, the right image is also entitled to the representation of people that we never or rarely watch, not to comply in this case their privacy but to deny them their image, somehow their right to existence. How many times, when I was about to set off, one of them fell within the field, saying, I exist, I am. So I learned that they need at a glance, to be visible without embarrassment on the part of those who watch them. This is a requirement for these people that this discomfort disappears to be seen and to be accepted as they are. May this book contribute.

I am grateful to the people photographed and their parents, to the association and to the staff of institutions have understood the meaning of my work and the doctor Chabert for encouraging me and without whom nothing would have been possible. They accept my thanks and the testimony of my gratitude.

Hugo MISEREY